20- LE TESTAMENT DE RAMPA
LE MESSAGE DE RAMPA

La réincarnation
(©1984. Stanké-Arnaud Immelé => pages 242 à 246 Extrait 59)
Peur de la mort
Suicide

    Seng était un vieux mandarin , reprit-il. « II avait mené une vie heureuse et, au soir de cette vie, il éprouvait une satisfaction profonde. Il avait une nombreuse famille, beaucoup d'esclaves et de concubines. L'empereur de Chine lui-même l'avait comblé de faveurs. Ses yeux fatigués et myopes regardaient par la fenêtre de sa chambre et apercevaient vaguement les beaux jardins où se pavanaient des paons. À ses oreilles défaillantes parvenait en sourdine le chant des oiseaux qui retournaient dans les arbres à la tombée du jour. Seng s'adossa à ses oreillers. Il était très paisible. Il sentait en lui les doigts bruissants de la Mort dénouer les liens qui le rattachaient à la vie. Lentement le soleil d'un rouge sang disparaissait derrière l'ancienne pagode. Seng se rejeta sur ses oreillers. Un râle s'échappait en sifflant de ses lèvres. La lumière du soleil s'évanouit, les serviteurs allumèrent les petites lampes de la chambre, mais le vieux Seng était parti, parti avec les derniers rayons du soleil. »

    Mon Guide s'assura que je l'écoutais avec attention, puis il reprit :

    « Le vieux Seng gisait, inerte, sur ses coussins et les bruits de son corps, les craquements, les sifflements, s'étaient

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tus. Le sang ne courait plus le long des artères et des veines, les liquides de l'organisme avaient cessé d'y bouillonner. Le corps du vieux Seng était mort, il ne servirait plus à rien.

    Mais si un clairvoyant avait été là, il aurait vu une légère brume bleuâtre se condenser autour du cadavre, puis s'élever, en flottant horizontalement au-dessus de lui, attachée par la Corde d'Argent qui allait en s'amenuisant et, peu à peu, disparut. L'Âme qui avait été celle du vieux Seng flotta, dériva comme un nuage de fumée d'encens, et disparut sans effort à travers les murs. »

    Le Lama se versa du thé, vit que j'en avais encore dans mon bol, et poursuivit :

    « L'Âme erra à travers des royaumes et dans des dimensions que l'esprit matérialiste ne saurait concevoir. Elle atteignit enfin un parc magnifique, parsemé d'immenses édifices. L'Âme du vieux Seng s'arrêta devant l'un d'eux, y entra et s'avança sur un sol étincelant. Une âme qui se trouve dans son propre milieu, Lobsang, est aussi solide que tu l'es toi-même sur cette terre. Elle peut être arrêtée par des murs et marcher sur un plancher. Là-bas, elle possède des facultés et des talents différents de ceux que nous connaissons ici. L'Âme de Seng continua son chemin et entra enfin dans une petite cabine. Elle s'assit et regarda le mur devant elle. Tout à coup, ce mur disparut et elle vit à la place des scènes de son existence passée. Elle vit ce que nous appelons les Annales Akashiques, où sont consignés tous les événements du passé, et que peuvent lire aisément ceux qui ont subi un entraînement adéquat. Tous ceux qui passent de cette vie dans l'autre peuvent également les lire, car l'Homme voit l'"enregistrement" de ses succès et de ses échecs. Il revoit son passé et se juge lui-même! Il n'est pas de juge plus sévère que l'Homme lui-même. Nous ne comparaissons pas en tremblant devant un Dieu; nous revoyons tout ce que nous avons fait et tout ce que nous avions l'intention de faire. »

    Je demeurais silencieux. Je trouvais tout cela fort intéressant et j'aurais pu écouter pendant des heures. Cela valait mieux que les mornes leçons habituelles.

    « L'Âme qui avait été le vieux Seng, le mandarin chinois, s'assit et revit donc l'existence que, sur Terre, il avait jugée si bien remplie », continua mon Guide. « Il comprit et déplora les nombreuses fautes qu'il avait commises, puis il se leva,

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quitta la cabine et se dirigea rapidement vers une pièce plus vaste où l'attendaient des hommes et des femmes du Monde des Âmes. Silencieusement, souriant avec compassion et sympathie, ils attendaient qu'il approchât et demandât leur aide. Assis en leur compagnie, il leur parla de ses fautes, des choses qu'il avait essayé de faire, qu'il avait eu l'intention de faire, sans y parvenir. »

    « Mais vous avez dit qu'on ne le jugeait pas, qu'il se jugeait lui-même », interrompis-je.

    « C'est exact, Lobsang », répondit mon Guide. « Ayant vu son passé et ses erreurs, il se rendait à présent auprès de ces Conseillers afin d'entendre leurs suggestions. Mais ne m'interromps pas, écoute-moi et garde tes questions pour plus tard. Comme je te le disais, l'Âme demeura parmi les Conseillers, leur parla de ses échecs, et des qualités qu'elle devait faire « croître » en elle avant de pouvoir évoluer davantage. Il lui faudrait d'abord retourner voir son corps, puis elle jouirait d'une période de repos des années ou des siècles après quoi on l'aiderait à trouver les conditions essentielles à son évolution. L'Âme du vieux Seng retourna sur Terre pour revoir une dernière fois sa dépouille mortelle, préparée pour l'inhumation. Puis, ayant cessé d'être l'Âme du vieux Seng, pour devenir une Âme prête au repos, elle retourna dans l'Au-delà. Pendant un temps indéterminé, elle se reposa, reprit des forces, étudia les leçons des vies antérieures et se prépara pour sa prochaine existence. Là, dans cette vie au-delà de la mort, objets et substances étaient aussi solides au toucher que sur la Terre. L'Âme se reposa jusqu'à ce que l'heure et les circonstances de son retour sur terre aient été fixées. »

    « Voilà qui me plaît! » m'exclamai-je, « je trouve tout cela très intéressant. »

    Mon Guide me sourit avant de continuer :

    « À un moment prédéterminé, l'Âme en attente fut appelée et conduite dans le Monde des Hommes par l'un de ceux à qui incombe cette tâche. Ils s'arrêtèrent, invisibles aux yeux de chair, observant les futurs parents, examinant la maison, pour s'assurer qu'elle offrirait à l'Âme les possibilités d'apprendre les leçons qui devaient être apprises cette fois. Satisfaits ils se retirèrent. Quelques mois plus tard, la future mère sentit en elle le brusque mouvement du ftus, lorsque l'Âme

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y entra et l'anima. En temps voulu, le bébé naquit dans le Monde de l'Homme. L'Âme qui avait autrefois habité le corps du vieux Seng reprenait maintenant la lutte avec les nerfs et le cerveau récalcitrants de l'enfant Wong, né dans une humble famille d'un village de pêcheurs, en Chine. Une fois encore, les hautes vibrations de l'Âme descendirent à l'octave inférieure, celle des vibrations d'un corps charnel. »

    Je réfléchis. Je réfléchis longuement. Et je finis par dire : « Honorable Lama, puisqu'il en est ainsi, pourquoi les gens ont-ils peur de la mort, qui n'est que la délivrance des peines de cette Terre? »

    « C'est là une question raisonnable, Lobsang », répondit mon Guide. « Si nous pouvions nous rappeler les joies de l'Autre Monde, beaucoup d'entre nous seraient incapables de supporter les vicissitudes de celui-ci, et c'est pourquoi la peur de la mort nous a été inculquée. » Me jetant un regard de biais, empreint d'ironie, il fit observer : « Certains d'entre nous n'aiment pas l'école, n'aiment pas la discipline qui y est indispensable. Pourtant, lorsqu'on grandit et qu'on devient adulte, on comprend les avantages de l'école. Ce serait une erreur de la quitter trop tôt et d'espérer néanmoins parfaire son instruction; de même est-ce une faute que de mettre fin à sa vie avant l'heure fixée par le destin. »

    [Suicide] Je méditai sur ces paroles, car, quelques jours plus tôt, un vieux moine illettré et malade s'était jeté du haut d'un ermitage. Il avait eu un caractère atrabilaire, et refusait toutes les offres d'assistance. Oui, le vieux Jigme était plus heureux mort que vivant, me dis-je. C'était une délivrance pour lui. Et pour les autres. « Seigneur », demandai-je, « alors le moine Jigme a eu tort de se suicider! »

    « Oui, Lobsang, il a eu grandement tort », répondit mon Guide. « Un homme, ou une femme, doit passer un certain laps de temps sur cette Terre. Si on met fin à sa vie prématurément, on doit retourner presque aussitôt sur Terre. C'est pourquoi certains bébés meurent au bout de quelques mois. Ce sont les âmes des suicidés qui se réincarnent pour compléter le temps qu'ils auraient dû vivre auparavant. Le suicide ne se justifie jamais; c'est une grave offense contre soi-même, contre son Moi Supérieur. »

    « Mais, Seigneur », dis-je, « et ces Japonais de haut rang

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qui se suicident en grande pompe afin de laver l'honneur familial? Il faut certainement beaucoup de courage pour accomplir un acte semblable. »

    « Non, Lobsang ! » dit mon Guide avec force. « Non ! Le vrai courage, ce n'est pas de mourir, mais de vivre malgré les épreuves, malgré les souffrances. Mourir est facile, vivre... voilà qui est courageux! Les manifestations théâtrales de défi qui accompagnent le « Suicide Cérémoniel » ne doivent pas nous faire oublier que c'est là un acte répréhensible. Nous sommes ici-bas pour apprendre et nous ne pouvons apprendre qu'en vivant le laps de temps qui nous est alloué. Le suicide ne se justifie jamais! »

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